L’adversaire, appelé aussi « antagoniste », va chercher par tous les moyens à empêcher le personnage principal d’atteindre son objectif.

Une fois qu’il a défini son objectif, le personnage principal risque de rencontrer un certain nombre d’obstacles qui vont renforcer son désir de le réaliser et vous permettre de définir son caractère. Il peut par exemple se révéler violent, ou bien fuyant, rusé, fin négociateur ou amoral.

Mais l’adversaire peut être aussi interne. Et c’est là qu’il prend souvent une dimension psychologique encore plus forte.

Le désert des Tartares

Le roman de Dino Buzatti et le film dont il est inspiré font partie de mon panthéon personnel… Les deux œuvres traitent admirablement bien du thème de l’adversaire. Le roman pourrait être étudié sous maints angles différents mais nous nous limiterons ici à parler de la notion d’adversaire

L’histoire

Acte I

Heureux d’échapper à la monotonie de son Académie militaire, le lieutenant Drogo se rend au fort Bastiani, une citadelle perdue au milieu du désert où il a été affecté.

Techniquement, nous pourrions considérer cette entrée en matière comme l’acte II. Empêtré dans une routine ennuyeuse, le personnage principal voit son quotidien profondément modifié par un élément déclencheur duquel va découler un certain nombre de conséquences. L’action est bien lancée ! De ce fait, on peut considérer que l’acte I est suggéré, voire escamoté. Il se passe dans la coulisse.

Mais à bien y regarder, le lieutenant Drogo n’a pas exprimé d’objectif. Même s’il se réjouit de cette affectation, il n’a rien décidé. De fait, il n’y a pas d’obstacle, pas de volonté. Pour moi, nous sommes encore dans l’acte I.

Sur le chemin qui mène au fort, et qu’il a du mal à trouver, Drogo rencontre le capitaine Ortiz qui y séjourne depuis… 18 ans. Ils parviennent ensemble, à cheval, et le lieutenant éprouve immédiatement un sentiment de fascination et de répulsion pour le lieu. Aussi demande-t-il rapidement une mutation.

Cette demande définit l’objectif du personnage principal et pose la question dramatique dans l’esprit du lecteur « Le lieutenant parviendra-t-il à fuir le fort ? » De fait, le lecteur est également habité par un « pressentiment dramatique » en ce que tous les signes lui montrent – la rencontre avec le capitaine Ortiz par exemple – que la réponse à la question dramatique sera négative.

Acte II

Le personnage principal ayant exprimé son objectif, il va devoir désormais surmonter les obstacles pour l’atteindre. Étonnamment, sa demande de mutation est acceptée. Il lui faudra seulement attendre la prochaine visite médicale, dans quatre mois.

Et c’est là une des forces du récit : présenter l’adversaire au lecteur – et au héros – sans qu’on n’y prête garde. Car l’ennemi, c’est le temps. Un adversaire terrible, implacable qui nous apparaît ici diminué et dont on ne se méfie pas. Inconscient du danger, Drogo accepte – il n’a pas vraiment le choix – et tombe dans le piège. À partir de cet instant, il ne saisira plus les opportunités de quitter le fort par manque de caractère, d’opportunisme et de volonté.

C’est que, subtilement, l’adversaire déploie ses charmes pour retenir le Lieutenant – qui monte d’ailleurs en grade au cours du récit – en montrant ce que Drogo identifie comme les véritables ennemis : les Tartares. On ne saura jamais exactement qui c’est, mais leur présence supposée de l’autre côté de la frontière justifie la présence de la garnison.

Le vœu initial de Drogo, quitter le fort, se transforme alors en un objectif commun à tous les soldats : livrer bataille avec l’ennemi. D’ailleurs, des signes avant-coureur montrent que l’adversaire s’y prépare aussi.

Et ils finissent pas attaquer ! Enfin ! Après toutes ces années – quinze ! – l’ennemi attaque !

Acte III

Hélas, la santé de Drogo n’a eu de cesse de décliner pendant tout ce temps et on l’évacue sur une civière le privant ainsi de la confrontation.

D’une manière tout à fait ironique – et hautement philosophique – le capitaine Drogo a fini par atteindre son objectif initial – quitter le fort – en le privant du sens qu’il avait donné à son existence.

Il va mourir, et nous ne saurons jamais qui sont les Tartares. Il a perdu contre son véritable adversaire : le temps.

La musique du film est signée Ennio Morricone

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