Sonner ensemble

Si l’on remonte à l’origine grecque du mot « symphonie », en passant par le latin et l’harmonie, on trouve cette définition « sonner ensemble».
Sempé – L’orchestre

Or, aucun musicien qui compose un orchestre n’a été formé pour jouer avec les autres. C’est même plutôt le contraire : les centaines d’heures passées à travailler son instrument l’ont été dans un seul but : devenir un brillant soliste.
Et pourtant, même le hautbois ou le violoncelle qui interprète seul, pendant quelques secondes, voire quelques minutes, un passage solo d’une symphonie doit ensuite réintégrer les rangs (d’ailleurs ne recrute-t-on pas de « musicien de rang » ?) au point de devenir inaudible, même pour les oreilles les plus averties – et invisible.

Le musicien se croyait interprète. Le voilà exécutant. Comment gérer ces frustrations ?

Le fait d’avoir autant pratiqué, seul, chez lui, en plus des heures de cours au Conservatoire, sans parler des leçons particulières pour atteindre l’excellence, conduit nécessairement à une forme d’égocentrisme, ou, à minima, d’un besoin de reconnaissance. Or, à quelques rares exceptions, le public ne connait pas le nom du musicien fondu dans l’orchestre.

Comment gère-t-il ce paradoxe ?

Parce que le musicien, qui est, comme la plupart d’entre nous, un salarié (intermittent, certes) ne joue pas pour un public. Il joue pour la musique qui est la fonction première de l’orchestre.
Transposé dans le monde de l’entreprise, cela reviendrait à considérer que le collaborateur ne travaille pas pour prouver au monde entier, à son patron ou à lui-même qu’il est le meilleur dans son domaine, mais parce qu’il répond à un objectif commun.

Encore faut-il que l’entreprise l’ait défini.

L’objectif principal qui vient à l’esprit, c’est l’argent. Voilà le but commun de l’entreprise et de ses salariés. D’ailleurs les primes ne sont-elles pas liées aux résultats ? Mais l’argent ne fédère pas. Il divise, même.

La réponse de l’orchestre est un marronnier des RH : le « travailler ensemble ». Mais figurez-vous qu’entre musiciens, ça fonctionne. C’est même le moteur de leur motivation.

« Avoir un seul son alors qu’on est cent, c’est vraiment une expérience unique »

explique une altiste de l’Orchestre de Paris. Et ailleurs :

« C’est un sentiment d’abandon. On ne s’entend pas jouer, on ne contrôle pas ce qu’on fait et en même temps on est aspiré. C’est une transcendance. »

Alors évidemment, les entreprises transcendantales n’ont pas encore été inventées (non, les églises ne sont pas des entreprises (quoique…)). Mais enfin, nous avons toutes et tous éprouvé, à un moment de notre carrière, le plaisir de travailler ensemble, même rapidement, même sur un coin de table, à un projet commun.

Et probablement sommes nous tous, consciemment ou non, en attente d’un projet d’entreprise clairement exprimé qui nous aspire, voire nous inspire…

N’est-ce pas ?

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