La connaissance dramatique – Inglourious Basterds

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Lorsque vous en savez plus que le personnage, votre empathie pour celui-ci est beaucoup plus forte. C’est la connaissance dramatique qu’utilise Tarantino dans Inglourious Basterds

Lorsque vous commencerez à réfléchir à votre projet d’écriture, vous vous poserez certainement la question du narrateur. Peut-être ce choix s’imposera-t-il à vous d’une manière évidente. Dans le cadre d’un récit personnel, vous ressentirez spontanément le besoin d’utiliser le “je”. Ou bien, au contraire, vous sentirez-vous trop proche du personnage et de l’histoire et tiendrez à garder vos distances en employant le “il” ou “elle”.

Les conséquences de ce choix sont nombreuses. Parmi elles, la question du “narrateur omniscient” viendra assez vite. En utilisant le “je”, vous placez votre narrateur et votre lecteur au même niveau d’information. Tout ce que le narrateur sait, le lecteur le sait aussi. A moins que votre narrateur ne mente, ce qui donne lieu à quelques romans célèbres que je ne peux pas citer, sous peine de les spoiler. Vous voulez quand même deux exemples? Ok. Les voici :

Spoiler
Dans “Le mettre de Roger Ackroyd”, d’Agatha Chrisitie, le narrateur est aussi le meurtrier, tout comme dans “Usual Suspect”.

Lorsque le narrateur emploie le “il” ou le “elle”, celui-ci peut dévoiler des informations que l’un ou plusieurs personnages ignorent. C’est l’effet “bombe sous la table” d’Alfred Hitchcock. Si, depuis votre fauteuil, vous regardez deux hommes discuter à une table, l’enjeu est faible – et les échanges doivent être passionnants. Si, maintenant, l’auteur a placé une bombe sous la table, avec un minuteur et que les personnages, tranquillement en train de discuter, ne le savent pas, c’est autrement plus stressant.

Inglourious Basterds

Les exemples d’oeuvres dans lesquelles vous en savez plus que le personnage sont nombreux. Quand Shakespeare utilise cette technique, cela donne Roméo & Juliette : lorsque le jeune homme découvre son amoureuse étendue, il la croit morte, alors que nous savons qu’elle est seulement droguée. C’est ce qui rend la scène encore plus terrible.

Une variante particulièrement angoissante de cette technique a été employée par Quentin Tarantino dans la scène d’ouverture d’Inglourious Basterds. Dès les premières images, et sans rien connaître de l’histoire, nous ressentons une angoisse qui ne fera que croître. C’est le pressentiment dramatique.

Assez rapidement, nous nous doutons que Perrier, le fermier français, cache à l’officier allemand qu’il protège une famille juive. Puis, à la 5’27” de l’extrait proposé, nous les découvrons, sous le plancher et les pieds du SS.
Le fait de le savoir nous fait participer d’une manière beaucoup plus forte à l’enjeu. Nous l’étions déjà, mais l’effet est redoublé. L’enjeu est d’autant plus important que tout le monde risque de mourir – du côté français tout du moins.

La variante intéressante de cette scène réside dans le fait que nous sommes censés avoir une information que le soldat ignore. Mais plus le dialogue avance, plus nous devinons que le SS connaît, lui aussi, la vérité. Et même avant nous…

Et cette confusion des perceptions jette sur la scène d’Inglourious Basterds, un sentiment d’effroi inoubliable

 

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Nicolas Cauchy
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