Last night Brahms saved my life with a song

La musique adoucit les mœurs, mais certainement pas au bureau.

Bruyant, vous risquez d’importuner vos collègues en open space et impossible d’écouter de la musique au casque sans attirer des soupçons de dilettantisme.

Et puis il n’est pas dit que vous ayez les mêmes goûts que ceux qui vous entourent, ce qui ne manquera pas de les agacer. « Debussy ? Nicolas, t’es sérieux ? »

Il faudrait faire des « pauses musicales » comme on le fait avec un café et/ou une cigarette. Mais là encore, le casque isole et ne contribue pas à vous socialiser.

Même à l’heure du déjeuner. On accepte éventuellement que vous lisiez – et encore ! -, mais pas que vous vous coupiez du monde en couvrant vos oreilles. Dommage.

L’écoute de la musique est une activité – hors concert – définitivement solitaire.

Pourtant, la musique peut sauver des vies.

Après une longue crise dépressive, William Styron, l’auteur de Le choix de Sophie, rentre à New York pour se suicider.

Et puis il entend par hasard, à la radio, une amie interpréter la Rhapsodie pour  voix de contralto de Brahms, dont l’envolée mystique le tire littéralement vers la lumière. Il décide de se faire soigner.

Il en fera même un livre, Face aux Ténèbres, que l’auteur aurait pu intituler «La nuit dernière, Brahms m’a sauvé la vie avec cette chanson».

Il est temps de militer pour le droit à l’écoute de la musique au bureau, vous ne croyez pas ?

Votre bureau tout au bout du couloir, deuxième porte à droite

Ce que l’orchestre peut nous apprendre de par sa disposition.

Dans la plupart des entreprises traditionnelles, les bureaux de direction occupent un emplacement stratégique. Dernier étage, aile consacrée, couloir autour duquel s’associent les fonctions les plus importantes de l’entreprise: membres du Comex, directions stratégiques, toute personne considérée comme importante par l’entreprise.

À l’inverse, on a pris pour habitude d’isoler les salariés à problèmes, ceux que l’on veut pousser à partir, les fonctions secondaires, les salariés sans ambition jusqu’à le remiser, parfois, dans des placards. On ne les voit presque plus; ils disparaissent de notre champ de vision; on ne leur propose pas de déjeuner, de verre le vendredi soir; on s’étonne presque de les croiser.

Et, comme par hasard, les résultats de ces collaborateurs isolés sont de plus en plus contestés. On les soupçonne de ne rien faire, de ne pas vouloir progresser. On en vient même à se dire qu’ils occupent la place d’un membre de notre équipe que l’on voudrait recruter en vain. Son travail est secondaire. Il ne sert à rien.

Disposition classique des instruments dans l'orchestre
Disposition classique des instruments dans l’orchestre

L’orchestre est tout aussi hiérarchisé. Pire même, avec ses premiers et seconds pupitres; ses solistes et ses tuttistes (tuttistes = ceux qui jouent tous ensemble, par opposition aux solistes); son chef à l’autorité incontestable (dans le sens qui n’a pas le droit d’être contestée); dans sa disposition qui semble figée depuis des siècles.

D’abord, ce n’est pas tout à fait vrai: il existe plusieurs dispositions de pupitres que des chefs d’orchestre ont expérimentées. Par exemple, en répartissant les contrebasses dans le fond plutôt qu’à droite du chef. Mais surtout parce que la plupart des orchestres pratiquent le placement libre parmi les tuttistes. Au philharmonique de Berlin, on n’hésite pas, par exemple, à placer un musicien expérimenté tout au fond, non par brimade, mais pour qu’il dynamise l’arrière du pupitre.

Imaginez la même chose en entreprise. Imaginez que ce petit bureau au fond du couloir ne soit plus celui du collaborateur à la fonction subalterne, mais le vôtre, le temps que ledit collaborateur s’imprègne, à votre place, de la dynamique du groupe, de la musique de l’entreprise. Le temps pour lui de reprendre confiance, de progresser, de se nourrir des autres, de se sentir au coeur des choses.

Et dans le même temps, gageons que l’occupation du bureau isolé par un collaborateur plus impliqué, plus dynamique, dans un pôle endormi, relégué de par sa géographie en bout de quelque chose contribuera à le faire rayonner de nouveau.

Rien de révolutionnaire, donc. Pas de séminaire, d’incentive, de gourou du « mieux vivre ensemble ».

Mais cette idée toute simple qu’il suffit parfois de changer de place, pour profiter de la contagion positive des êtres entre eux.

L’organigramme de l’orchestre

En regardant la composition de l’Orchestre Symphonique de Boston affichant sur son site l’intégralité des noms et des biographies des musiciens qui le composent, je me suis souvenu du terrible casse-tête que représente la mise en ligne de l’organigramme sur le site d’une entreprise.

Comment présenter au mieux l’équipe de direction sans froisser aucune sensibilité ni commettre aucun imper ? Et surtout, quels noms afficher ?

Ceux qui composent le Comité de direction, bien sûr. Les Responsables de services. Probablement. Mais les autres? Tous les autres? On ne va tout de même pas donner le nom des stagiaires. Ce serait ridicule. Ni celui de l’employé en charge de… De quoi d’ailleurs? Non. Allons à l’essentiel. Limitons-nous au Comité de Direction.

Pourtant, aux vœux de fin d’année, quel responsable de service, quel dirigeant, patron, boss, cadre n’a-t-il pas remercié sincèrement ses équipes pour le travail accompli, soulignant que les résultats obtenus relèvent d’un travail commun ?

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ?

Si vous faites une recherche dans Google sur L’Orchestre de Paris, vous verrez tout de suite dans les résultats l’entrée consacrée aux Musiciens. Et si vous suivez le lien, vous obtiendrez la biographie des cent dix-neuf pupitres. 

Là, l’organisation hiérarchique est immédiatement compréhensible. On y compte les instruments solos, les premiers, deuxièmes pupitres. Et puis tous les autres. Ceux qui accompagnent et qu’on n’entend pas, qu’on n’identifiera jamais. Ceux qui ne jouent que quelques minutes pendant tout un concert, au moment des tutti par exemple. 

Mais tout le monde est cité. Tout le monde a droit à une présentation (les parcours sont d’ailleurs toujours très brillants).

Ce n’est pas pour faire plaisir aux musiciens. Ce n’est pas un coup de com’ des RH. C’est l’affirmation que, dans un orchestre, chaque membre qui la compose, quel que soit l’échelon qu’il occupe, est important.

Pas dans une entreprise ? Si, bien sûr.

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ? L’organigramme est un excellent outil de communication qui permet, à peu de frais, de valoriser toutes les ressources présentes.

 

Réunions en entreprise : la gestion du temps à l’aune de l’orchestre

Et si l’entreprise appliquait les règles de l’orchestre, comment les choses se passeraient-elles ? Ce article reprend un billet écrit pour Linkedin.

Imaginez. Vous êtes invité(e) à participer à une réunion rassemblant les collaborateurs les plus importants de votre entreprise, dès dix heures, et ce, jusqu’à midi trente. Vous avez préparé votre intervention, qui n’est pas la plus importante, certes, mais qui nécessite un travail conséquent de votre côté. Vous êtes un peu en avance, prêt(e), comme tout le monde d’ailleurs, autour de la table, avant même que la réunion ne commence.

Voici le chef. Pas le vôtre, mais le boss, du boss, du boss de votre patron. Une sommité unanimement reconnue dans la profession, un ponte, une référence, presque Dieu lui-même, qui vous impressionne un peu forcément.

La réunion commence et c’est Dieu qui l’anime. Il introduit, distribue la parole, engage les conversations, motive, reprend, encourage, rabroue parfois avec beaucoup d’assurance. C’est votre tour et, comme vous vous êtes beaucoup préparé(e),votre intervention se passe bien. Vous avez même droit aux félicitations. Bravo !

La réunion se poursuit. Il y a beaucoup de sujets. Dieu les passe en revue un à un, pointe les difficultés, en anticipe un certain nombre, les résout tous. Quel personnage brillant, fascinant !

Mais voici que la grosse horloge accrochée dans la salle indique midi trente, pile. Alors que Dieu est toujours en train de parler – il détaille sa vision stratégique d’un investissement sur le moyen terme -, vous refermez votre ordinateur, sans chercher à être discrêt(e), rassemblez vos stylos, cahier, téléphones et vous levez sans aucune gêne. D’ailleurs, tous vos collègues vous imitent.

Dieu est obligé de s’interrompre. Manifestement, cela ne lui plait pas, il n’a même pas terminé sa phrase, mais l’un des membres de l’équipe désigne l’horloge sans rien dire. Le visage de Dieu exprime de la colère froide, de l’agacement ou de la frustration, qu’importe, tout le monde est déjà parti.

Surréaliste?

Pas si vous étiez membre d’un orchestre. Quel que soit le pays; quel que soit le chef; quel que soit l’orchestre : une répétition ne saurait durer une seule minute de plus que ce qui a été prévu. Et je ne parle pas du directeur du conservatoire de votre enfant qui a monté une petite fanfare. Les chefs évoqués ici ont la notoriété et le salaire des plus grands patrons médiatiques.

Comment est-ce possible ?

Tout d’abord, parce que la profession considère, à juste titre, que les musiciens de l’orchestre se sont préparés, individuellement, à la répétition et qu’ils arrivent donc prêts, à l’heure, et que c’est au chef d’orchestre d’être le maître du temps, comme il l’est de la symphonie ou de l’opéra qu’il dirige.

Le temps, tempo, rythme, répétition est une obsession des musiciens. Il est donc normal que cette obsession se soit déclinée à tous les niveaux du rituel.

Ensuite, parce que tous les orchestres du monde sont syndiqués et que l’une des prérogatives des représentants est, justement, le respect du temps.

Qu’est-ce que cela donnerait, transposé à l’entreprise ?

  • Une efficacité redoutable des réunions desquelles vous ressortiriez avec le sentiment d’avoir résolu bon nombre de problèmes, avancé et même, éprouvé du plaisir à avoir accompli quelque chose tous ensemble.
  • Un temps économisé qui, multiplié par le nombre de réunions et d’intervenants représenterait probablement, sur une année, plusieurs dizaines de milliers d’euros (cette somme justement qui manque pour embaucher un nouveau collaborateur).
  • Un rôle très concret et quotidien des représentants syndicaux, maîtres du temps, dont une des missions viserait l’efficacité.

Formidable, non ?

Hélas, cela signifierait également, pour tout le monde, la nécessité d’arriver à la réunion parfaitement préparé(e) et surtout, surtout… à l’heure. 

Et ça, malheureusement, c’est impossible, n’est-ce pas ?

À la recherche d’un CV atypique ? Embauchez un percussionniste. 

Imaginez que l’entreprise pour laquelle vous travaillez soit un orchestre et les membres qui la composent, dont vous, des musiciens. Qui ferait le percussionniste ?

Cuivre ? Bois ? Cordes ? À quelle famille d’instruments de l’orchestre appartient votre service ? (Épisode #1 Les cordes. Episode #2 Les bois. Épisode #3. Les cuivres. #4. La timbale).

Bien sûr, toutes les entreprises recherchent des CV atypiques. Un collaborateur à la fois stratégique, mais également opérationnel, créatif, enthousiaste, certifié ISO, bosseur et investi dans l’humanitaire.

Sauf que, lorsque se présente cet hybride, ce « touche à tout tu m’intéresses », voilà qu’on le soupçonne  de dilettantisme. Et puis, entre nous, qu’est-ce que c’est que ce job ?

N’importe qui pourrait le faire à sa place, non ?

Dans l’orchestre, c’est un peu le profil du percussionniste. Vous savez ? Le gars qui tient le triangle (rire dans la salle).

Tenez, par exemple, dans le film Everybody’s Fine, Robert de Niro décide de visiter ses enfants qui, tous, ont un peu menti sur leur situation. Son plus jeune fils lui a fait croire qu’il était chef d’orchestre. Et vous savez quoi? C’est un percussionniste… Grosse déception !

John Bonhham, Led Zeppelin
John Bonhham, batteur légendaire des Led Zeppelin

Et pourtant, dans la vraie vie, on aime bien les batteurs. On ne les trouve pas du tout dilettantes. Prenez John Bonham, le batteur de Led Zeppelin. Tout s’arrête à sa mort. Le groupe ne peut pas continuer sans lui. Il est irremplaçable.

Eh bien c’est exactement la même chose dans un orchestre symphonique. Le percussionniste est probablement le musicien qui maîtrise le plus grand nombre d’instruments réclamant les savoir-faire les plus variés : xylophone, glockenspiel, célesta, vibraphone, marimba… Je continue ?
Alors bien sûr, lorsqu’il est coincé une heure et quart dans une symphonie de Brukner pour un seul coup de cymbale, dieu que le temps doit lui sembler long! Heureusement que Debussy, que Bartók
ou Stravinski ont aussi composé pour lui.

Mais quoi qu’il en soit, sachez que si vous embauchez un percussionniste, vous êtes certain de recruter un collaborateur dont les facultés d’adaptation et la vitesse de réaction sont les principales qualités.