J.S. Bach et la pleine conscience

Peut-être avez-vous éprouvé ce sentiment de paix qui vous gagne, presque malgré vous, à l’écoute de certaines œuvres musicales. Vous étiez énervé, stressé, agité, et alors, tout se dissout dans une sérénité étonnante avec les premières notes.

Magie de la musique? Oui, bien sûr. Mais pourquoi?

Pour ma part, j’ai été frappé par la paix qui me gagne à l’écoute d’une pièce pour clavier de J.S. Bach. Je ne parle pas du formidable plaisir, ou des émotions positives que nous ressentons à l’audition de notre morceau préféré, mais bien de paix.

Je ne suis pas un spécialiste de l’œuvre de Bach que je connais mal et que je trouve (amateurs, ne hurlez pas) parfois un peu indigeste. Les variations, tout en subtilité, se ressemblent beaucoup à l’oreille et on est vite gagné par la lassitude.

Alors pourquoi un tel effet? Voilà une piste de réflexion que je vous propose.

La plupart les livres de développement personnel tourne autour de ce même principe: notre malheur vient de ce que nous ne vivons pas dans le moment présent. Nous ressassons éternellement nos douleurs du passé et nous nous projetons dans un futur dont l’incertitude nous angoisse.

En nous en tenant au présent, nous sommes plus à même de vivre en pleine conscience* et par là, atteindre une forme de sagesse, de réconfort et de sérénité.
Mais comment y parvenir? Comment contraindre notre esprit à ne pas divaguer ailleurs? On y parvient deux minutes et puis nous voilà happés par toutes sortes de considérations qui nous entraînent ailleurs.

Et c’est là qu’intervient la musique et plus particulièrement J.S. Bach.


En écoutant une œuvre pour piano, nous sommes dans chacune des notes. La monotonie, l’absence d’air ou de refrain des pièces pour clavier de J.S Bach, l’abstraction mathématique de ses compositions empêchent d’attendre la note qui va suivre. On ne se projette pas. On demeure dans une succession de moments parfaits, vécus individuellement, comme ils se présentent, sans images ni pensées. Nous sommes là, dans le moment présent de chaque note, neutres, sans désirs ni attentes d’autres choses, et c’est peut-être cela qui nous procure un tel sentiment de paix.

Bien sûr, J.S. Bach était profondément religieux. Il n’est donc pas étonnant que son écoute provoque chez son auditeur une élévation spirituelle. Mais peut-être n’avons nous pas assez pris en compte comment sa musique pouvait accompagner notre quête de sens contemporaine.

*La pleine conscience est l’énergie générée par une personne qui est pleinement consciente de ce qui se passe dans le moment présent. 

Une oeuvre, deux interprétations, des milliers de possibilités

Nous adorons les reprises, ces chansons interprétées par d’autres, parfois même arrangées, réorchestrées.

Pour prendre un exemple parmi cent, j’éprouve toujours beaucoup de plaisir à découvrir de nouvelles interprétations de Nature Boy, chanson écrite par Nat King Cole et reprise, notamment, par Bowie, Sinatra, Massive Attack, Marvin Gaye, Mile Davis, Rick Astley, and so many others (compil ici).
En musique classique, les reprises n’existent pas vraiment. La même oeuvre est parfois écrite pour une voix de femme ou celle d’un homme; avec orchestre ou piano seul. C’est le cas par exemple des Chants du Compagnon errant de Gustav Mahler. Mais ce n’est pas ce qui constitue la diversité de la musique classique.
Non, il s’agirait plutôt les nuances infinies de l’interprétation.

Ce qui explique que, lorsque vous vous trouvez devant le bac à disques de votre Fnac ou que vous effectuez une recherche sur internet, vous deviez faire face à des dizaines d’albums de la même oeuvre, tiens, le Requiem de Mozart par exemple et que vous renonciez devant un tel choix, une telle abondance et si peu de conseils pour choisir.
Figurez-vous que les fans hardcores de musique adorent ça, fureter dans les bacs et se constituer d’incroyables discothèques avec parfois, plusieurs dizaines d’interprétations de la même oeuvre par Léonard Bernstein en 1959, mais aussi en 1981, par l’Orchestre de Boston ou celui du Capitole, sans oublier le MET 96 parce que la prise de son est dingue.
Mais pour vous ou moi qui ne sommes pas des experts, mais plutôt, des amoureux, dirons-nous, les variations entre telle ou telle interprétation ne sautent pas forcément aux oreilles.
Alors, pour forcer un peu le trait et vous montrer comment deux interprètes peuvent concevoir la même oeuvre de manière radicalement différente, voici deux petits morceaux au piano des Tableaux d’une Exposition de Mussorgski.

  • À ma droite,  notre cher Ivo Pogorelich qui étire et suspend le temps de son interprétation – tant de liberté me sidère à chaque écoute – pour peindre son tableau en 3:54.

Une oeuvre, deux interprétations, des milliers de possibilités.