Les cinq outils de l’épanouissement

Où il est question de la mort pour surmonter ses difficultés et aller de l’avant.

Les 5 outils de l’épanouissement est un livre de développement personnel qui a rencontré un grand succès à l’international mais n’a pas bénéficié du même succès en France, à cause précisément d’une vision un peu trop irrationnelle pour nos esprits cartésiens.

La description de « l’Amour actif » ou du « Flux de gratitude », deux des cinq outils, peuvent prêter à sourire, voire carrément rebuter.

Pour autant, les 5 outils proposés ont tous une dimension qui ouvre à la réflexion.

L’inversion du désir par exemple incite à considérer comme désirable ce qui nous fait le plus peur. N’ayez plus peur des coups et même désirez-les et vous verrez que la douleur à les ressentir est peut-être moindre que celle que vous éprouviez à les imaginer.

Mais c’est la « Mise en danger » qui est probablement l’outil le plus surprenant. Il consiste à

« vous voir sur votre lit de mort. Cette incarnation de vous, qui a vu le temps finir par lui manquer et vous hurle de ne pas gâcher l’instant présent. »

Nous voilà finalement revenus au temps des Bergers d’Arcadie de l’antiquité se découvrant mortels, des Natures Mortes et leur légende « Memento mori », pour nous rappeler que notre notre présence ici ne durera pas toujours et nous inciter à ne pas perdre de temps…

Mais est-ce possible d’avoir ce genre de pensées en entreprise ? À méditer en ce jour consacrés aux morts.

Les 5 outils de l’épanouissement – Phil Stutz et Barry Michels

Cerveau et dépendances : la cuisine des Éditeurs

Réservé à un lecteur motivé, ce livre détaille les formidables ressources dont dispose le cerveau pour s’adapter aux nouvelles situations, qu’elles soient radicales comme un accident, ou de nature plus abstraite, un traumatisme psychologique par exemple.

De nombreux sujets passionnants sont évoqués, comme l’apprentissage, la mémoire ou la perception de la musique. Mais c’est le chapitre consacré aux dépendances et aux effets de la pornographie qui m’a le plus captivé en ce qu’il fait le lien avec le milieu dans lequel je travaille : celui du livre.

Sur les réseaux sociaux des Maisons d’Édition, la communauté des fans hardcores exprime souvent ressentir une véritable addiction. Achats compulsifs, impulsifs, à la vue d’un simple titre ou d’une couverture, les lecteurs accumulent leurs achats sous la forme de Piles à Lire (PAL), matérialisation ambigüe du désir, source de plaisir et de douleur qui ne cesse jamais de grandir…

Le fait alors pour nous, marketeurs du livre, de présenter sans cesse de nouvelles couvertures — jusqu’à une centaine par mois pour le poche —,« suractive le système d’appétition (= le plaisir que l’on éprouve par anticipation en imaginant ce que l’on désire) et développe de nouvelles aires cérébrales fondées sur les photos ». La vue d’une bibliothèque surchargée, de boards Pinterest, d’albums Facebook, de flux d’images en continu sur Tweeter déclenche des expressions de désir explicite toujours renouvelées. Les anglophones parlent à juste titre de « book porn ».

C’est le début de la dépendance sur le principe de « quand une aire cérébrale se développe, nous désirons ardemment la maintenir en activité. » En proposant quotidiennement « une quantité inépuisable d’objets de désir », les éditeurs suractivent chez le lecteur « le système d’appétition » en provoquant dans son cerveau des « changements neuroplastiques, proche de l’intoxication, quand l’attention est portée à son maximum et que l’on assiste à un recablage massif des centres cérébraux associés au plaisir ».

La comparaison s’arrête là. Pas de violence, d’agressivité, de solitude. Nos fans hardcores représentent la part de la communauté la plus active, drôle, engagée, généreuse, toujours prête à échanger.

C’est aussi l’intérêt du livre : nous montrer comment l’exploitation d’une même mécanique peut mener à des comportements radicalement différents grâce à la plasticité du cerveau.

« Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau » de Norman Doidge