Last night Brahms saved my life with a song

La musique adoucit les mœurs, mais certainement pas au bureau.

Bruyant, vous risquez d’importuner vos collègues en open space et impossible d’écouter de la musique au casque sans attirer des soupçons de dilettantisme.

Et puis il n’est pas dit que vous ayez les mêmes goûts que ceux qui vous entourent, ce qui ne manquera pas de les agacer. « Debussy ? Nicolas, t’es sérieux ? »

Il faudrait faire des « pauses musicales » comme on le fait avec un café et/ou une cigarette. Mais là encore, le casque isole et ne contribue pas à vous socialiser.

Même à l’heure du déjeuner. On accepte éventuellement que vous lisiez – et encore ! -, mais pas que vous vous coupiez du monde en couvrant vos oreilles. Dommage.

L’écoute de la musique est une activité – hors concert – définitivement solitaire.

Pourtant, la musique peut sauver des vies.

Après une longue crise dépressive, William Styron, l’auteur de Le choix de Sophie, rentre à New York pour se suicider.

Et puis il entend par hasard, à la radio, une amie interpréter la Rhapsodie pour  voix de contralto de Brahms, dont l’envolée mystique le tire littéralement vers la lumière. Il décide de se faire soigner.

Il en fera même un livre, Face aux Ténèbres, que l’auteur aurait pu intituler «La nuit dernière, Brahms m’a sauvé la vie avec cette chanson».

Il est temps de militer pour le droit à l’écoute de la musique au bureau, vous ne croyez pas ?

J.S. Bach et la pleine conscience

Peut-être avez-vous éprouvé ce sentiment de paix qui vous gagne, presque malgré vous, à l’écoute de certaines œuvres musicales. Vous étiez énervé, stressé, agité, et alors, tout se dissout dans une sérénité étonnante avec les premières notes.

Magie de la musique? Oui, bien sûr. Mais pourquoi?

Pour ma part, j’ai été frappé par la paix qui me gagne à l’écoute d’une pièce pour clavier de J.S. Bach. Je ne parle pas du formidable plaisir, ou des émotions positives que nous ressentons à l’audition de notre morceau préféré, mais bien de paix.

Je ne suis pas un spécialiste de l’œuvre de Bach que je connais mal et que je trouve (amateurs, ne hurlez pas) parfois un peu indigeste. Les variations, tout en subtilité, se ressemblent beaucoup à l’oreille et on est vite gagné par la lassitude.

Alors pourquoi un tel effet? Voilà une piste de réflexion que je vous propose.

La plupart les livres de développement personnel tourne autour de ce même principe: notre malheur vient de ce que nous ne vivons pas dans le moment présent. Nous ressassons éternellement nos douleurs du passé et nous nous projetons dans un futur dont l’incertitude nous angoisse.

En nous en tenant au présent, nous sommes plus à même de vivre en pleine conscience* et par là, atteindre une forme de sagesse, de réconfort et de sérénité.
Mais comment y parvenir? Comment contraindre notre esprit à ne pas divaguer ailleurs? On y parvient deux minutes et puis nous voilà happés par toutes sortes de considérations qui nous entraînent ailleurs.

Et c’est là qu’intervient la musique et plus particulièrement J.S. Bach.


En écoutant une œuvre pour piano, nous sommes dans chacune des notes. La monotonie, l’absence d’air ou de refrain des pièces pour clavier de J.S Bach, l’abstraction mathématique de ses compositions empêchent d’attendre la note qui va suivre. On ne se projette pas. On demeure dans une succession de moments parfaits, vécus individuellement, comme ils se présentent, sans images ni pensées. Nous sommes là, dans le moment présent de chaque note, neutres, sans désirs ni attentes d’autres choses, et c’est peut-être cela qui nous procure un tel sentiment de paix.

Bien sûr, J.S. Bach était profondément religieux. Il n’est donc pas étonnant que son écoute provoque chez son auditeur une élévation spirituelle. Mais peut-être n’avons nous pas assez pris en compte comment sa musique pouvait accompagner notre quête de sens contemporaine.

*La pleine conscience est l’énergie générée par une personne qui est pleinement consciente de ce qui se passe dans le moment présent. 

Votre bureau tout au bout du couloir, deuxième porte à droite

Ce que l’orchestre peut nous apprendre de par sa disposition.

Dans la plupart des entreprises traditionnelles, les bureaux de direction occupent un emplacement stratégique. Dernier étage, aile consacrée, couloir autour duquel s’associent les fonctions les plus importantes de l’entreprise: membres du Comex, directions stratégiques, toute personne considérée comme importante par l’entreprise.

À l’inverse, on a pris pour habitude d’isoler les salariés à problèmes, ceux que l’on veut pousser à partir, les fonctions secondaires, les salariés sans ambition jusqu’à le remiser, parfois, dans des placards. On ne les voit presque plus; ils disparaissent de notre champ de vision; on ne leur propose pas de déjeuner, de verre le vendredi soir; on s’étonne presque de les croiser.

Et, comme par hasard, les résultats de ces collaborateurs isolés sont de plus en plus contestés. On les soupçonne de ne rien faire, de ne pas vouloir progresser. On en vient même à se dire qu’ils occupent la place d’un membre de notre équipe que l’on voudrait recruter en vain. Son travail est secondaire. Il ne sert à rien.

Disposition classique des instruments dans l'orchestre
Disposition classique des instruments dans l’orchestre

L’orchestre est tout aussi hiérarchisé. Pire même, avec ses premiers et seconds pupitres; ses solistes et ses tuttistes (tuttistes = ceux qui jouent tous ensemble, par opposition aux solistes); son chef à l’autorité incontestable (dans le sens qui n’a pas le droit d’être contestée); dans sa disposition qui semble figée depuis des siècles.

D’abord, ce n’est pas tout à fait vrai: il existe plusieurs dispositions de pupitres que des chefs d’orchestre ont expérimentées. Par exemple, en répartissant les contrebasses dans le fond plutôt qu’à droite du chef. Mais surtout parce que la plupart des orchestres pratiquent le placement libre parmi les tuttistes. Au philharmonique de Berlin, on n’hésite pas, par exemple, à placer un musicien expérimenté tout au fond, non par brimade, mais pour qu’il dynamise l’arrière du pupitre.

Imaginez la même chose en entreprise. Imaginez que ce petit bureau au fond du couloir ne soit plus celui du collaborateur à la fonction subalterne, mais le vôtre, le temps que ledit collaborateur s’imprègne, à votre place, de la dynamique du groupe, de la musique de l’entreprise. Le temps pour lui de reprendre confiance, de progresser, de se nourrir des autres, de se sentir au coeur des choses.

Et dans le même temps, gageons que l’occupation du bureau isolé par un collaborateur plus impliqué, plus dynamique, dans un pôle endormi, relégué de par sa géographie en bout de quelque chose contribuera à le faire rayonner de nouveau.

Rien de révolutionnaire, donc. Pas de séminaire, d’incentive, de gourou du « mieux vivre ensemble ».

Mais cette idée toute simple qu’il suffit parfois de changer de place, pour profiter de la contagion positive des êtres entre eux.

Pelléas et Mélisande au Festival d’Aix en Provence

Cette incroyable production de Pelléas et Mélisande, l’opéra de Debussy m’avait totalement échappé.

Donnée au Festival d’Aix en Provence l’année dernière, elle réunit Stéphane Degout, Barbara Hannigan et Laurent Naouri dirigés par Esa-Pekka Salonen (que j’ai découvert grâce à cette merveilleuse application, l’Orchestre).

L’adjectif « incroyable » n’est pas galvaudé. La mise en scène de Katie Mitchell nous livre une interprétation de l’oeuvre stupéfiante,  littéralement du « jamais vu » avec des partis pris qui pourront déranger, une mise à nue de Mélisande audacieuse, un grand moment de théâtre, presque de cinéma qui captive totalement, au détriment sans doute de l’écoute mais c’est toute la puissance d’Internet que de pouvoir voir et revoir ce Pelléas.

Les personnages sont traités à la mesure de ce qu’ils sont, complexes, prisonniers d’eux-mêmes, dans les rôles qu’ont leur a donnés: bourgeois, durs, perdus, complexés, simplets, autoritaires, désirants. Stupéfiant!

L’organigramme de l’orchestre

En regardant la composition de l’Orchestre Symphonique de Boston affichant sur son site l’intégralité des noms et des biographies des musiciens qui le composent, je me suis souvenu du terrible casse-tête que représente la mise en ligne de l’organigramme sur le site d’une entreprise.

Comment présenter au mieux l’équipe de direction sans froisser aucune sensibilité ni commettre aucun imper ? Et surtout, quels noms afficher ?

Ceux qui composent le Comité de direction, bien sûr. Les Responsables de services. Probablement. Mais les autres? Tous les autres? On ne va tout de même pas donner le nom des stagiaires. Ce serait ridicule. Ni celui de l’employé en charge de… De quoi d’ailleurs? Non. Allons à l’essentiel. Limitons-nous au Comité de Direction.

Pourtant, aux vœux de fin d’année, quel responsable de service, quel dirigeant, patron, boss, cadre n’a-t-il pas remercié sincèrement ses équipes pour le travail accompli, soulignant que les résultats obtenus relèvent d’un travail commun ?

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ?

Si vous faites une recherche dans Google sur L’Orchestre de Paris, vous verrez tout de suite dans les résultats l’entrée consacrée aux Musiciens. Et si vous suivez le lien, vous obtiendrez la biographie des cent dix-neuf pupitres. 

Là, l’organisation hiérarchique est immédiatement compréhensible. On y compte les instruments solos, les premiers, deuxièmes pupitres. Et puis tous les autres. Ceux qui accompagnent et qu’on n’entend pas, qu’on n’identifiera jamais. Ceux qui ne jouent que quelques minutes pendant tout un concert, au moment des tutti par exemple. 

Mais tout le monde est cité. Tout le monde a droit à une présentation (les parcours sont d’ailleurs toujours très brillants).

Ce n’est pas pour faire plaisir aux musiciens. Ce n’est pas un coup de com’ des RH. C’est l’affirmation que, dans un orchestre, chaque membre qui la compose, quel que soit l’échelon qu’il occupe, est important.

Pas dans une entreprise ? Si, bien sûr.

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ? L’organigramme est un excellent outil de communication qui permet, à peu de frais, de valoriser toutes les ressources présentes.