Les dessous du chic type

Pour être certain que ce livre, et donc ce billet, vous sont destinés, je vous invite à passer ce rapide test qui ne s’adresse qu’aux hommes. Si vous vous reconnaissez dans la plupart des points ci-dessous, alors, mauvaise nouvelle : vous êtes un chic type.

  • Vous avez le sentiment que donner aux autres vous fait vous sentir mieux.
  • Vous cherchez à résoudre les problèmes des autres ou arranger une situation sans qu’on vous le demande.
  • Vous cherchez l’approbation des autres et plus particulièrement des femmes.
  • Vous évitez les conflits.
  • Vous faites tout pour cacher vos défauts ou vos erreurs.
  • Vous cherchez systématiquement la meilleure manière de faire les choses, comme s’il existait une manière unique.
  • Vous préférez analyser plutôt que ressentir.
  • Vous souhaitez vous démarquer de votre père.
  • Vous êtes plus à l’aise avec les femmes que les hommes.
  • Vous avez du mal à faire passer vos propres besoins en premier de peur de passer pour un égoïste.
  • Vous n’êtes heureux que lorsque votre partenaire l’est.
Etes-vous un vrai faux M. Gentil ?

Alors ? Combien de « c’est moi » sur onze ? Normalement, si vous êtes un chic type, vous cochez presque toutes les cases, ce qui fait de vous un homme idéal, celui qui fait tout bien : généreux, attentif, vous évitez les conflits, les jugements, vous recherchez les consensus et voulez faire plaisir à tout le monde.

Mais il y a un mais.

En retour, vous attendez d’être aimé, compris, reconnu, heureux. Et comme, dans la plupart des cas, votre gentillesse faite de contournements, d’échafaudages et d’accords secrets ne paie pas à la mesure des efforts que vous faites pour être Mr. Nice Guy, vous devenez méchant, malhonnête, secret, manipulateur, qui donne pour recevoir, plein de rage, à la recherche de gens à problèmes, isolé, malheureux en amour, au succès relatif et surtout, surtout, victime d’une sexualité problématique… Car M. Gentil est avant tout un M. Frustré.

Résumé en quelques adjectifs, cette analyse peut sembler caricaturale, mais le livre ne l’est pas du tout, bien au contraire. Il s’appuie sur des exemples concrets, explore les mécanismes complexes de la gentillesse et s’intéresse à la place du masculin en tant que valeur dans notre société. Il met également en lumière les liens inconscients que Mr. Nice Guy continue d’entretenir avec sa mère et l’autorise à un égoïsme décomplexé en l’incitant à faire passer ses besoins avant ceux des autres sans que cela remette en cause tout son univers.

Trop gentil pour être heureux

 Trop gentil pour être heureux  paru dans l’excellente collection Petite Biblio Payot Psychologie. Robert A. Glover. Préface de Christophe André.

Livre acheté grâce à une mise en avant dans le rayon Développement Personnel de la librairie L’Armitière.

Les cinq outils de l’épanouissement

Où il est question de la mort pour surmonter ses difficultés et aller de l’avant.

Les 5 outils de l’épanouissement est un livre de développement personnel qui a rencontré un grand succès à l’international mais n’a pas bénéficié du même succès en France, à cause précisément d’une vision un peu trop irrationnelle pour nos esprits cartésiens.

La description de « l’Amour actif » ou du « Flux de gratitude », deux des cinq outils, peuvent prêter à sourire, voire carrément rebuter.

Pour autant, les 5 outils proposés ont tous une dimension qui ouvre à la réflexion.

L’inversion du désir par exemple incite à considérer comme désirable ce qui nous fait le plus peur. N’ayez plus peur des coups et même désirez-les et vous verrez que la douleur à les ressentir est peut-être moindre que celle que vous éprouviez à les imaginer.

Mais c’est la « Mise en danger » qui est probablement l’outil le plus surprenant. Il consiste à

« vous voir sur votre lit de mort. Cette incarnation de vous, qui a vu le temps finir par lui manquer et vous hurle de ne pas gâcher l’instant présent. »

Nous voilà finalement revenus au temps des Bergers d’Arcadie de l’antiquité se découvrant mortels, des Natures Mortes et leur légende « Memento mori », pour nous rappeler que notre notre présence ici ne durera pas toujours et nous inciter à ne pas perdre de temps…

Mais est-ce possible d’avoir ce genre de pensées en entreprise ? À méditer en ce jour consacrés aux morts.

Les 5 outils de l’épanouissement – Phil Stutz et Barry Michels

Cerveau et dépendances : la cuisine des Éditeurs

Réservé à un lecteur motivé, ce livre détaille les formidables ressources dont dispose le cerveau pour s’adapter aux nouvelles situations, qu’elles soient radicales comme un accident, ou de nature plus abstraite, un traumatisme psychologique par exemple.

De nombreux sujets passionnants sont évoqués, comme l’apprentissage, la mémoire ou la perception de la musique. Mais c’est le chapitre consacré aux dépendances et aux effets de la pornographie qui m’a le plus captivé en ce qu’il fait le lien avec le milieu dans lequel je travaille : celui du livre.

Sur les réseaux sociaux des Maisons d’Édition, la communauté des fans hardcores exprime souvent ressentir une véritable addiction. Achats compulsifs, impulsifs, à la vue d’un simple titre ou d’une couverture, les lecteurs accumulent leurs achats sous la forme de Piles à Lire (PAL), matérialisation ambigüe du désir, source de plaisir et de douleur qui ne cesse jamais de grandir…

Le fait alors pour nous, marketeurs du livre, de présenter sans cesse de nouvelles couvertures — jusqu’à une centaine par mois pour le poche —,« suractive le système d’appétition (= le plaisir que l’on éprouve par anticipation en imaginant ce que l’on désire) et développe de nouvelles aires cérébrales fondées sur les photos ». La vue d’une bibliothèque surchargée, de boards Pinterest, d’albums Facebook, de flux d’images en continu sur Tweeter déclenche des expressions de désir explicite toujours renouvelées. Les anglophones parlent à juste titre de « book porn ».

C’est le début de la dépendance sur le principe de « quand une aire cérébrale se développe, nous désirons ardemment la maintenir en activité. » En proposant quotidiennement « une quantité inépuisable d’objets de désir », les éditeurs suractivent chez le lecteur « le système d’appétition » en provoquant dans son cerveau des « changements neuroplastiques, proche de l’intoxication, quand l’attention est portée à son maximum et que l’on assiste à un recablage massif des centres cérébraux associés au plaisir ».

La comparaison s’arrête là. Pas de violence, d’agressivité, de solitude. Nos fans hardcores représentent la part de la communauté la plus active, drôle, engagée, généreuse, toujours prête à échanger.

C’est aussi l’intérêt du livre : nous montrer comment l’exploitation d’une même mécanique peut mener à des comportements radicalement différents grâce à la plasticité du cerveau.

« Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau » de Norman Doidge