Vous affichez un parcours sans faille ? Bravo ! Vous n’avez jamais rien tenté.

C’est en substance, ce que nous explique Tal Ben Shahar dans « L’apprentissage de l’imperfection », illustrant ses propos de plusieurs exemples de réussites flamboyantes passées par des flops monumentaux.

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Après cette lecture et en regardant mon parcours, force m’a été de constater que je n’avais pas connu, moi non plus, d’échecs cuisants. Et donc, rien tenté de très audacieux.

Des déceptions, oui. Des ratés, des échecs. Mais rien de bien terrible.

Sauf en écriture.

J’ai publié plusieurs romans, des nouvelles policières, des albums pour la jeunesse ; je travaille dans l’édition depuis quinze ans. J’ai un solide réseau professionnel et je connais de nombreux éditeurs.

Et pourtant.

J’ai travaillé deux ans à mon nouveau roman, y consacrant toutes mes matinées, entre 5h et 8h, sans commande, sans conseils, sans motivation autre que le plaisir que j’y prends, sans aucune visibilité sur le résultat, sans assurance qu’il soit publié ni rémunération.

Pierre BOULEZ
Pierre BOULEZ

J’ai voulu raconter une histoire exigeante : la réunion de Pierre Boulez, chef d’orchestre et Patrice Chéreau, metteur en scène, autour de la production d’un opéra de Debussy : Pelléas et Mélisande. J’y ai mis beaucoup de moi, de mon admiration pour ces hommes extraordinaires et pour la musique.

Après plusieurs refus, le manuscrit a été porté, soutenu et présenté par une éditrice reconnue d’une grande maison littéraire pour être, finalement, refusé.

La déception est immense. Cette impression de rester sur le bas-côté de la littérature pendant que les autres continuent sans vous.

Mais au moins ai-je tenté.

Et peut-être, peut-être que si, dans le futur, je finissais par publier un nouveau roman, son succès serait-il proportionnel aux risques que j’ai pris en y consacrant le meilleur de moi-même.

A vaincre sans péril.

Last night Brahms saved my life with a song

La musique adoucit les mœurs, mais certainement pas au bureau.

Bruyant, vous risquez d’importuner vos collègues en open space et impossible d’écouter de la musique au casque sans attirer des soupçons de dilettantisme.

Et puis il n’est pas dit que vous ayez les mêmes goûts que ceux qui vous entourent, ce qui ne manquera pas de les agacer. « Debussy ? Nicolas, t’es sérieux ? »

Il faudrait faire des « pauses musicales » comme on le fait avec un café et/ou une cigarette. Mais là encore, le casque isole et ne contribue pas à vous socialiser.

Même à l’heure du déjeuner. On accepte éventuellement que vous lisiez – et encore ! -, mais pas que vous vous coupiez du monde en couvrant vos oreilles. Dommage.

L’écoute de la musique est une activité – hors concert – définitivement solitaire.

Pourtant, la musique peut sauver des vies.

Après une longue crise dépressive, William Styron, l’auteur de Le choix de Sophie, rentre à New York pour se suicider.

Et puis il entend par hasard, à la radio, une amie interpréter la Rhapsodie pour  voix de contralto de Brahms, dont l’envolée mystique le tire littéralement vers la lumière. Il décide de se faire soigner.

Il en fera même un livre, Face aux Ténèbres, que l’auteur aurait pu intituler «La nuit dernière, Brahms m’a sauvé la vie avec cette chanson».

Il est temps de militer pour le droit à l’écoute de la musique au bureau, vous ne croyez pas ?

J.S. Bach et la pleine conscience

Peut-être avez-vous éprouvé ce sentiment de paix qui vous gagne, presque malgré vous, à l’écoute de certaines œuvres musicales. Vous étiez énervé, stressé, agité, et alors, tout se dissout dans une sérénité étonnante avec les premières notes.

Magie de la musique? Oui, bien sûr. Mais pourquoi?

Pour ma part, j’ai été frappé par la paix qui me gagne à l’écoute d’une pièce pour clavier de J.S. Bach. Je ne parle pas du formidable plaisir, ou des émotions positives que nous ressentons à l’audition de notre morceau préféré, mais bien de paix.

Je ne suis pas un spécialiste de l’œuvre de Bach que je connais mal et que je trouve (amateurs, ne hurlez pas) parfois un peu indigeste. Les variations, tout en subtilité, se ressemblent beaucoup à l’oreille et on est vite gagné par la lassitude.

Alors pourquoi un tel effet? Voilà une piste de réflexion que je vous propose.

La plupart les livres de développement personnel tourne autour de ce même principe: notre malheur vient de ce que nous ne vivons pas dans le moment présent. Nous ressassons éternellement nos douleurs du passé et nous nous projetons dans un futur dont l’incertitude nous angoisse.

En nous en tenant au présent, nous sommes plus à même de vivre en pleine conscience* et par là, atteindre une forme de sagesse, de réconfort et de sérénité.
Mais comment y parvenir? Comment contraindre notre esprit à ne pas divaguer ailleurs? On y parvient deux minutes et puis nous voilà happés par toutes sortes de considérations qui nous entraînent ailleurs.

Et c’est là qu’intervient la musique et plus particulièrement J.S. Bach.


En écoutant une œuvre pour piano, nous sommes dans chacune des notes. La monotonie, l’absence d’air ou de refrain des pièces pour clavier de J.S Bach, l’abstraction mathématique de ses compositions empêchent d’attendre la note qui va suivre. On ne se projette pas. On demeure dans une succession de moments parfaits, vécus individuellement, comme ils se présentent, sans images ni pensées. Nous sommes là, dans le moment présent de chaque note, neutres, sans désirs ni attentes d’autres choses, et c’est peut-être cela qui nous procure un tel sentiment de paix.

Bien sûr, J.S. Bach était profondément religieux. Il n’est donc pas étonnant que son écoute provoque chez son auditeur une élévation spirituelle. Mais peut-être n’avons nous pas assez pris en compte comment sa musique pouvait accompagner notre quête de sens contemporaine.

*La pleine conscience est l’énergie générée par une personne qui est pleinement consciente de ce qui se passe dans le moment présent.