Pelléas et Mélisande au Festival d’Aix en Provence

Cette incroyable production de Pelléas et Mélisande, l’opéra de Debussy m’avait totalement échappé.

Donnée au Festival d’Aix en Provence l’année dernière, elle réunit Stéphane Degout, Barbara Hannigan et Laurent Naouri dirigés par Esa-Pekka Salonen (que j’ai découvert grâce à cette merveilleuse application, l’Orchestre).

L’adjectif « incroyable » n’est pas galvaudé. La mise en scène de Katie Mitchell nous livre une interprétation de l’oeuvre stupéfiante,  littéralement du « jamais vu » avec des partis pris qui pourront déranger, une mise à nue de Mélisande audacieuse, un grand moment de théâtre, presque de cinéma qui captive totalement, au détriment sans doute de l’écoute mais c’est toute la puissance d’Internet que de pouvoir voir et revoir ce Pelléas.

Les personnages sont traités à la mesure de ce qu’ils sont, complexes, prisonniers d’eux-mêmes, dans les rôles qu’ont leur a donnés: bourgeois, durs, perdus, complexés, simplets, autoritaires, désirants. Stupéfiant!

Et au milieu coule la rivière. Nick Drake

Je ne me souviens pas comment j’ai découvert Nick Drake, assez tardivement, peut-être sur la recommandation de Deezer.
Nick Drake – Five leaves left

Spontanément, sans doute à cause du titre et des paroles, j’y ai vu la représentation de la campagne américaine, d’immenses espaces, la quiétude, le lent  et perpétuel déroulé d’une eau de rivière.

Puis j’ai lu que Nick Drake n’était pas américain, mais anglais et qu’il était mort très jeune, d’une overdose de médicaments, chez ses parents, à la campagne.

Ses trois albums n’ont rencontré aucun succès; ils ont même été retirés du catalogue d’Island pendant un certain temps. Et puis, ici ou là, des chanteurs ont commencé à dire qu’ils tenaient les compositions de Nick Drake comme des oeuvres de tout premier plan. The Cure a trouvé son nom de groupe dans des paroles du chanteur.

Le voici aujourd’hui réhabilité par des inconditionnels, comme moi, qui aiment cette voix presque insaisissable, guitare sèche, parfois des instruments plus classiques comme le violon, des basses. On dirait cet ami que l’on ne gardera pas, parce qu’il est loin de nous, déjà, ailleurs, parti.

Five leaves left

Five Leaves left date du tout début des années 70 et me fait penser par son projet d’une folk proche de la campagne à Harvest de Neil Young même si, vraiment, le son n’a rien à voir. Ce ne sont pas les mêmes paysages non plus, mais plutôt une même tentative de mettre la nature en musique, de la dire.

L’album ouvert
La fausse pochette abimée

Le vinyle est joli qui s’ouvre en soufflet double avec l’intérieur, une fausse pochette abimée. Les paroles de trois chansons seulement sont écrites et une photo du chanteur à la moue adolescente.

La prise de son est correcte, sans plus, et la voix saturée, ce qui donne à l’ensemble une dimension imparfaite qui correspond bien à ce garçon qui n’aura pas disposé d’assez de temps pour faire les choses aussi bien qu’il le méritait.

 

L’organigramme de l’orchestre

En regardant la composition de l’Orchestre Symphonique de Boston affichant sur son site l’intégralité des noms et des biographies des musiciens qui le composent, je me suis souvenu du terrible casse-tête que représente la mise en ligne de l’organigramme sur le site d’une entreprise.

Comment présenter au mieux l’équipe de direction sans froisser aucune sensibilité ni commettre aucun imper ? Et surtout, quels noms afficher ?

Ceux qui composent le Comité de direction, bien sûr. Les Responsables de services. Probablement. Mais les autres? Tous les autres? On ne va tout de même pas donner le nom des stagiaires. Ce serait ridicule. Ni celui de l’employé en charge de… De quoi d’ailleurs? Non. Allons à l’essentiel. Limitons-nous au Comité de Direction.

Pourtant, aux vœux de fin d’année, quel responsable de service, quel dirigeant, patron, boss, cadre n’a-t-il pas remercié sincèrement ses équipes pour le travail accompli, soulignant que les résultats obtenus relèvent d’un travail commun ?

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ?

Si vous faites une recherche dans Google sur L’Orchestre de Paris, vous verrez tout de suite dans les résultats l’entrée consacrée aux Musiciens. Et si vous suivez le lien, vous obtiendrez la biographie des cent dix-neuf pupitres. 

Là, l’organisation hiérarchique est immédiatement compréhensible. On y compte les instruments solos, les premiers, deuxièmes pupitres. Et puis tous les autres. Ceux qui accompagnent et qu’on n’entend pas, qu’on n’identifiera jamais. Ceux qui ne jouent que quelques minutes pendant tout un concert, au moment des tutti par exemple. 

Mais tout le monde est cité. Tout le monde a droit à une présentation (les parcours sont d’ailleurs toujours très brillants).

Ce n’est pas pour faire plaisir aux musiciens. Ce n’est pas un coup de com’ des RH. C’est l’affirmation que, dans un orchestre, chaque membre qui la compose, quel que soit l’échelon qu’il occupe, est important.

Pas dans une entreprise ? Si, bien sûr.

Alors, pourquoi ne pas l’écrire ? L’organigramme est un excellent outil de communication qui permet, à peu de frais, de valoriser toutes les ressources présentes.

 

Entendez-vous la harpe solitaire au fond des bois ?

Imaginez que l’entreprise pour laquelle vous travaillez soit un orchestre et les membres qui la composent, dont vous, des musiciens. Qui jouerait de la harpe ?

Cuivre ? Bois ? Cordes ? À quelle famille d’instruments de l’orchestre appartient votre service ? (Épisode #1 Les cordes. Episode #2 Les bois. Épisode #3. Les cuivres. #4. La timbale. #5 Les percussions).

La harpe

La harpiste selon The Big Bang Theory

Maintenant que vous avez achevé la réorganisation de votre service, de votre entreprise; que vous avez embauché les bons cuivres, les cordes parfaites; rassemblé en un même bureau les vents, déplacé le timbalier et le percussionniste tout au bout du couloir, il vous reste un pupitre à gérer, et non des moindres. La harpe. 

La harpiste est une solitaire, une individualiste qui n’est rattachée à aucune autre famille de l’orchestre ce qui contribue encore à l’isoler.

Pourtant, tout le monde connait son instrument. Impossible de le rater: il est énorme ! 1m85, près de 40 kilos. Ce qui pose problème à chaque nouvelle organisation. On ne sait pas très bien où le mettre. Derrière les seconds violons ? Tout au fond, avec les percussions ? La harpiste est habituée à poser problème et subir un placement dans l’orchestre qu’on lui impose.

Pourtant, depuis Berlioz, la harpe est indissociable des compositions. Wagner en utilise six dans L’Or du Rhin (imaginez le casse-tête pour les placer toutes dans la fosse…). Et puis c’est un instrument dont l’origine remonte à l’Égypte, l’un des plus anciens, des plus nobles.

Alors bien sûr, la plupart des collaborateurs imaginent le travail du harpiste comme un job plutôt facile. Les cuivres du commercial habitués aux déjeuners de service bien arrosés ne comprennent pas cette distance, cette individualité.

Eh bien sachez que la harpe a une fâcheuse tendance à se désaccorder pendant le concert. Un peu comme si votre PowerPoint perdait des slides au moment de votre présentation. Imaginez un peu le stress. Et ce n’est pas tout. Saviez-vous que la harpe comportait sept pédales ? Ça complique tout, non ? Et pour finir, apprenez que la harpiste doit à la fois regarder sa main droite pendant le concert (comptez quand même quarante-sept cordes), sa partition devant elle et le chef par-dessus l’épaule de ses collègues. Vraiment pas simple.

Personnellement, je verrais bien la harpiste aux Études. Cette personne présente dans l’entreprise depuis des années, qui en connait tous les rouages, tous les chiffres et toute l’histoire. Capable de manipuler des tableurs et des fichiers par dizaines et de ce fait, un peu isolée par cette masse de chiffres indispensables à l’entreprise et en même temps, il faut bien le dire, un peu indigeste.

Mais maintenant que vous savez combien le métier de harpiste est difficile, invitez-le ou la à déjeuner.

La harpe mystérieusement absente de l’Orchestre de Paris

PS : pour illustrer ce billet, je voulais vous renvoyer vers ces « portraits d’instruments » passionnants réalisés par l’Orchestre de Paris et vous savez quoi ? La harpe n’est pas accessible. Sa diffusion semble être restée en « mode privé ». Coïncidence ? Je ne pense pas…

Quand on vous dit que la responsable des études est une solitaire

Réunions en entreprise : la gestion du temps à l’aune de l’orchestre

Et si l’entreprise appliquait les règles de l’orchestre, comment les choses se passeraient-elles ? Ce article reprend un billet écrit pour Linkedin.

Imaginez. Vous êtes invité(e) à participer à une réunion rassemblant les collaborateurs les plus importants de votre entreprise, dès dix heures, et ce, jusqu’à midi trente. Vous avez préparé votre intervention, qui n’est pas la plus importante, certes, mais qui nécessite un travail conséquent de votre côté. Vous êtes un peu en avance, prêt(e), comme tout le monde d’ailleurs, autour de la table, avant même que la réunion ne commence.

Voici le chef. Pas le vôtre, mais le boss, du boss, du boss de votre patron. Une sommité unanimement reconnue dans la profession, un ponte, une référence, presque Dieu lui-même, qui vous impressionne un peu forcément.

La réunion commence et c’est Dieu qui l’anime. Il introduit, distribue la parole, engage les conversations, motive, reprend, encourage, rabroue parfois avec beaucoup d’assurance. C’est votre tour et, comme vous vous êtes beaucoup préparé(e),votre intervention se passe bien. Vous avez même droit aux félicitations. Bravo !

La réunion se poursuit. Il y a beaucoup de sujets. Dieu les passe en revue un à un, pointe les difficultés, en anticipe un certain nombre, les résout tous. Quel personnage brillant, fascinant !

Mais voici que la grosse horloge accrochée dans la salle indique midi trente, pile. Alors que Dieu est toujours en train de parler – il détaille sa vision stratégique d’un investissement sur le moyen terme -, vous refermez votre ordinateur, sans chercher à être discrêt(e), rassemblez vos stylos, cahier, téléphones et vous levez sans aucune gêne. D’ailleurs, tous vos collègues vous imitent.

Dieu est obligé de s’interrompre. Manifestement, cela ne lui plait pas, il n’a même pas terminé sa phrase, mais l’un des membres de l’équipe désigne l’horloge sans rien dire. Le visage de Dieu exprime de la colère froide, de l’agacement ou de la frustration, qu’importe, tout le monde est déjà parti.

Surréaliste?

Pas si vous étiez membre d’un orchestre. Quel que soit le pays; quel que soit le chef; quel que soit l’orchestre : une répétition ne saurait durer une seule minute de plus que ce qui a été prévu. Et je ne parle pas du directeur du conservatoire de votre enfant qui a monté une petite fanfare. Les chefs évoqués ici ont la notoriété et le salaire des plus grands patrons médiatiques.

Comment est-ce possible ?

Tout d’abord, parce que la profession considère, à juste titre, que les musiciens de l’orchestre se sont préparés, individuellement, à la répétition et qu’ils arrivent donc prêts, à l’heure, et que c’est au chef d’orchestre d’être le maître du temps, comme il l’est de la symphonie ou de l’opéra qu’il dirige.

Le temps, tempo, rythme, répétition est une obsession des musiciens. Il est donc normal que cette obsession se soit déclinée à tous les niveaux du rituel.

Ensuite, parce que tous les orchestres du monde sont syndiqués et que l’une des prérogatives des représentants est, justement, le respect du temps.

Qu’est-ce que cela donnerait, transposé à l’entreprise ?

  • Une efficacité redoutable des réunions desquelles vous ressortiriez avec le sentiment d’avoir résolu bon nombre de problèmes, avancé et même, éprouvé du plaisir à avoir accompli quelque chose tous ensemble.
  • Un temps économisé qui, multiplié par le nombre de réunions et d’intervenants représenterait probablement, sur une année, plusieurs dizaines de milliers d’euros (cette somme justement qui manque pour embaucher un nouveau collaborateur).
  • Un rôle très concret et quotidien des représentants syndicaux, maîtres du temps, dont une des missions viserait l’efficacité.

Formidable, non ?

Hélas, cela signifierait également, pour tout le monde, la nécessité d’arriver à la réunion parfaitement préparé(e) et surtout, surtout… à l’heure. 

Et ça, malheureusement, c’est impossible, n’est-ce pas ?